Avec Stéphane Cossé, ancien fonctionnaire du FMI, nous avions pris position le 27 février 2009 pour la création d'un fonds monétaire européen. Stéphane publie également ce jour une tribune dans le Monde en reprenant l'argumentaire qui tient toujours de notre tribune des Echos de février 2009 et que j'ai également développé hier dans Métro et sur ce blog. Voilà les lignes de notre tribune de l'époque qui a posteriori mettent en évidence que l'Europe était en mesure de mieux anticiper une crise manifestement prévisible :
" Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a indiqué lors de la rencontre des ministres des Finances du G4 à Berlin que des Etats européens « et pas seulement d'Europe de l'Est » pourraient rencontrer des difficultés de refinancement de leur dette. Ce qui semblait peu réaliste il y a encore quelques mois ne l'est plus complètement : la cessation de paiements d'un Etat membre de la zone euro. La Grèce, l'Irlande, l'Espagne, Malte enregistrent des primes de risque de plus en plus élevées. En parallèle, les agences de notation baissent leurs notes sur ces Etats, confirmant ainsi la dégradation de la confiance en la signature des pays concernés. Mais un Etat peut-il réellement faire faillite dans la zone euro ?
La situation n'est pas banale. Le scénario de la faillite d'un Etat émettant sa propre monnaie dans une économie ouverte est connu. L'Etat victime de sa mauvaise gestion a de plus en plus de mal à repayer ses créanciers extérieurs en devises étrangères. Dans ce contexte de défiance croissante, les taux d'intérêt augmentent pour attirer les prêteurs non nationaux et le taux de change s'affaiblit si le régime de change est flottant. En cas de régime de taux de change fixe, la banque centrale défend la parité jusqu'à l'épuisement relatif de ses réserves et l'abandon éventuel de la fixité. Dans tous les cas, les emprunts extérieurs plombent les déficits publics en monnaie locale.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement peut choisir de compter sur ses propres moyens. Mais faire marcher la planche à billets générera une forte inflation et mettre en place un plan de rétablissement des comptes publics sans soutien extérieur demandera de très lourds efforts à la population. Le plus souvent, il fait donc appel au Fonds monétaire international. Ce dernier met à disposition de la banque centrale une ligne de crédit grâce à laquelle elle va rassurer les créanciers extérieurs sur la capacité du pays, et notamment de son gouvernement, à rembourser les prêts accordés. Le pays se remet dans un cercle vertueux, d'autant plus que le FMI accorde à ce gouvernement cet emprunt sous la condition que soit mise en oeuvre une politique économique et financière soutenable.
La situation est plus complexe dans le contexte d'une union monétaire comme la zone euro. Car si la défiance n'atteint pas les autres pays de la zone, et donc la monnaie unique, la faillite s'exprimera par l'incapacité du pays à émettre un emprunt en euros à un taux d'intérêt financièrement soutenable. Trois solutions s'offrent alors au gouvernement. La première est de quitter la zone euro, de recréer une banque centrale ainsi que sa propre monnaie et faire marcher la planche à billets : une solution coûteuse à la fois pour la population et le pays. Il lui faudra en effet de nombreuses années avant de redonner du crédit à sa signature et avoir accès à nouveau aux marchés de capitaux à un taux d'emprunt raisonnable. Autre option, mettre en place un plan de rigueur convaincant pour les marchés financiers au risque de créer de fortes tensions sociales dans le pays concerné. Mais un tel plan est susceptible de créer un précédent inquiétant pour les autres pays de l'euro.
La troisième option est de faire appel au Fonds monétaire international. Mais le FMI peut-il vraiment prêter directement à un Etat de la zone euro ? Les Etats de l'Eurogroupe sont ensemble les premiers actionnaires du FMI et leur monnaie est la seconde monnaie de réserve au monde ! C'est un peu comme si le FMI prêtait à l'Etat de Californie. La zone euro s'est en fait constituée sans créer un outil essentiel à son fonctionnement, un mécanisme de solidarité financière conjoncturel, un Fonds monétaire européen. Les concepteurs de la zone ont pensé, à tort, que les seules règles de discipline financière des Etats, assorties de sanctions, suffiraient à en assurer la solidité. Ils ont été trop confiants et pas suffisamment ambitieux.
Le Conseil européen extraordinaire du 1er mars est l'opportunité d'ouvrir enfin le débat sur la création d'un Fonds monétaire européen. De nombreuses options sont possibles. Mutualiser partiellement les emprunts souverains, comme l'a proposé Jean-Claude Juncker, permettrait de diminuer les charges d'intérêt au niveau communautaire et national. A défaut, on pourrait envisager de créer une facilité exceptionnelle pour la Banque centrale européenne, d'autoriser un emprunt spécial de la Banque européenne d'investissement, d'allouer une enveloppe spécifique à la Commission européenne dans le cadre d'un fonds de stabilisation conjoncturel... Quel que soit le mécanisme établi, il faudra bien entendu assortir le soutien financier de conditions analogues à celles des programmes du FMI.
La crise actuelle montre à quel point la zone euro se trouve à une étape névralgique de son existence : une monnaie unique, mais pas de politique économique, pas de budget, pas de solidarité. Pour être en mesure de prouver son utilité, l'Union européenne doit pouvoir aider directement les Etats les plus fragiles et financer des plans de soutien mutuellement bénéfiques. La consolidation de la zone euro requiert de passer la vitesse supérieure en matière d'ambition politique et de gouvernance économique."

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Rédigé par : ugg boots sale | 03 décembre 2011 à 02:33
oui, mais, j'ai ceci à vous donner à lire; certains s'inquietent de l'avenir de l'Europe à cause de la Grèce
début de l'article
L'europe est condamnée à s'en sortir. Mais comment ?
Jusqu'où ira l'euro ? 1,30 $ ? 1,25 $ ? 1,20 $ ? ... personne ne sait. Ce que l'on sait en revanche c'est que la Grèce sera dans l'incapacité de créer suffisamment de croissance (richesse) dans les prochaines années. Elle ne pourra donc pas combler son déficit géant.
On sait aussi que les patrimoines et les capitaux grecs fuient les banques grecques vers les banques étrangères. Exactement comme en Argentine juste avant qu'elle ne fasse faillite... Déjà 10 milliards de capitaux ont pris la tangente depuis deux mois. Or sans dépôts, pas de crédits bancaires. Et sans crédits, pas de croissance...
On sait aussi que les banques européennes détiennent un pactole de 185 milliards d'euros de créances auprès de ces banques grecques qui se fragilisent un peu plus chaque jour. Dont 55 milliards rien que pour nos banques françaises. Un chiffre gigantesque. De quoi faire sauter la planète bancaire française si les banques grecques dérapent.
On sait aussi qu'au moindre souci, les agences de notation dégraderont encore la note de la dette souveraine grecque, avec toutes les conséquences que cela induit. Un cercle vicieux d'une fatalité implacable...
Par contre, il y a une chose que je ne sais pas : comment allons-nous faire pour nous en sortir ?
▪ Monsieur Trichet a beau dire...
"Hors de question", nous dit-il que la Grèce soit confrontée à un défaut de paiements. "Personne ne devrait prendre à la légère une déclaration signée par tous les chefs de gouvernement" surenchérit-il.
Je veux bien le croire... Je veux bien croire que les Etats européens auront la folie d'aller consentir des prêts bilatéraux à la Grèce. Mais je crois surtout que cela entraînerait ces généreux pays déjà lourdement endettés dans la spirale infernale grecque, avec dégradation de leur note, hausse du coût de financement de leur dette, et rechute dans la crise...
Et si nous n'aidions pas la Grèce ? Difficile à imaginer...
Dans les deux cas, la zone euro joue sa pérennité et l'issue est loin d'être écrite.
Je crois que nous sommes tombés dans un guet-apens. Et que l'euro n'a pas fini de déraper....
▪ Pourtant, je n'imagine pas un monde sans euro. Pas un instant
Alors peut-être va-t-il enfin falloir un jour envisager le politiquement incorrect. A savoir une zone euro à quelques Etats phares fortement intégrés. Fiscalement, économiquement, budgétairement et monétairement. Avec une vraie cohérence, et une voix unique. Pour l'instant, nous sommes définitivement trop nombreux... fin de l'article
c'est un peu long, désolée.. mais, moi, cela m'inquière
Rédigé par : Joyce | 12 avril 2010 à 16:13
ça y est la commission évoque enfin la possibilité d'un fonds monétaire européen ! superbe lobbying, un vrai succès !
Rédigé par : bravo | 08 mars 2010 à 21:41
Eu égard à l'égoisme allemand, tout cela paraît bien ambitieux. Comme toujours qui peut le plus peut le moins et l'Europe, c'est trop souvent le moins
Rédigé par : francois vincent | 05 mars 2010 à 15:24
La question de la compatibilité au traité est bonne. Dans un premier temps, il faudrait sans dout le mettre en place dans le cadre d'une approche inter-gouvernementale en raison de la probléamtique de financement et d'abondement d'un tel fonds. Ensuite, une régularisation institutionnelle ultérieure serait sans doute envisageable
Rédigé par : Guillaume Klossa | 17 février 2010 à 09:25
It is a very good idea but not very easy to implement. One question is to what extent it is compatible with existing treaties. It could if it deals with exceptional circumstances
Rédigé par : VVF | 16 février 2010 à 13:04
C'est un sujet compliqué.Monsieur Klossa, cette proposition est-elle compatible avec le traité de Lisbonne et le pacte de stabilité ?
Rédigé par : Louis R | 14 février 2010 à 15:36
C'est assez bien vu. Il est intéressant de voir que les idées dont on parle aujourd'hui sont dans la nautre depuis plusieurs mois
Rédigé par : Valérie Tad | 13 février 2010 à 05:53