Avec Jean-François Jamet, nous remettons en perspective dans une tribune publiée aujourd'hui 10 mars dans Le Monde les enjeux d'un "gouvernement économique pour l'Europe"
Avec Jean-François Jamet, nous remettons en perspective dans une tribune publiée aujourd'hui 10 mars dans Le Monde les enjeux d'un "gouvernement économique pour l'Europe"
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Tags Technorati: EMF, FME, gouvernement économique européen, gouvernement économique pour l'Europe
Petite révolution intellectuelle, la Commission européenne a proposé hier ce qui paraissait encore impossible et inconcevable il y a quelques mois, un fonds monétaire européen, une proposition pour laquelle EuropaNova milite sans relache depuis plus d'un an, qui a donné lieu à des articles, des posts, des prises de position multiples dans les différentes plate-formes où les membres de l'ONG ont été amenés à intervenir. Beaucoup d'autres depuis quelques semaines se mobilisent également comme le CEPS, un influent think tank bruxellois dont la note sur le sujet a montré la faisabilité technique du projet.
Reste que c'est la gravité de la crise grecque et la forte probabilité d'un risque de contagion qui ont amené les politiques européens à réagir craignant que l'intervention du FMI pour sauver Athènes ne mette une nouvelle fois en cause la crédibilité des Européens incapables de s'organiser entre eux !
Mais cela n'a été possible que parce que Berlin longtemps hostile à tout mécanisme de solidarité financière a changé de position. L'absence de tels mécanismes favorise en effet les spéculations contre l'euro et le risque d'implosion de la zone euro longtemps virtuel devient désormais réel.
La Commission discutera aujourd'hui le projet d'un FME. En théorie, cela suppose un nouveau traité à moins que le FME résulte d'un accord intergouvernemental et que sa gestion soit confiée à la Commission européenne.
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Tags Technorati: CEPS, EMF, European Commission, European Monetary Fund, FME, Fonds monétaire européen
Depuis des années, on évoque la possibilité d'un gouvernement économique européen sans jamais véritablement en préciser les principes ni les modalités pratiques. Avec Jean-François Jamet, nous avons commencé à y réfléchir de manière concrète.
Ainsi il nous semble que les quatre principes suivants pourraient régir son fonctionnement :
- un principe de convergence, car une politique économique commune sera plus aisée et efficace si l'hétérogénéité des règles nationales, des points de vue et des situations économiques et sociales est réduite;
- un principe de solidarité, car la cohésion reste un objectif essentiel de l'Union et permet de renforcer l'Europe face aux crises de toutes natures;
- un principe d'efficacité, qui suppose l'adoption rapide de mesures concrètes pour faire face aux défis économiques des Européens;
- enfin, un principe d'ouverture au débat, nécessaire pour que l'ensemble des sujets puissent être abordés et pour éviter les crispations idéologiques.
Plus concrètement, le gouvernement économique européen pourrait reposer sur quatre piliers :
- un mécanisme de solidarité qui pourrait par exemple prendre la forme d'un Fonds monétaire européen pour gérer les risques de défaut;
- le renforcement du rôle du Conseil européen et de l’Eurogroupe pour en améliorer les capacités d'analyse, de supervision, de programmation et de représentation extérieure;
- l'accroissement des capacités d'investissement européennes dans l’éducation, l’innovation, les infrastructures, et plus généralement les « biens communs »;
- et un accord politique sur une stratégie de convergence renouvelée pour renforcer le marché intérieur et l'efficacité des politiques économiques et sociales européennes.
" Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a indiqué lors de la rencontre des ministres des Finances du G4 à Berlin que des Etats européens « et pas seulement d'Europe de l'Est » pourraient rencontrer des difficultés de refinancement de leur dette. Ce qui semblait peu réaliste il y a encore quelques mois ne l'est plus complètement : la cessation de paiements d'un Etat membre de la zone euro. La Grèce, l'Irlande, l'Espagne, Malte enregistrent des primes de risque de plus en plus élevées. En parallèle, les agences de notation baissent leurs notes sur ces Etats, confirmant ainsi la dégradation de la confiance en la signature des pays concernés. Mais un Etat peut-il réellement faire faillite dans la zone euro ?
La situation n'est pas banale. Le scénario de la faillite d'un Etat émettant sa propre monnaie dans une économie ouverte est connu. L'Etat victime de sa mauvaise gestion a de plus en plus de mal à repayer ses créanciers extérieurs en devises étrangères. Dans ce contexte de défiance croissante, les taux d'intérêt augmentent pour attirer les prêteurs non nationaux et le taux de change s'affaiblit si le régime de change est flottant. En cas de régime de taux de change fixe, la banque centrale défend la parité jusqu'à l'épuisement relatif de ses réserves et l'abandon éventuel de la fixité. Dans tous les cas, les emprunts extérieurs plombent les déficits publics en monnaie locale.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement peut choisir de compter sur ses propres moyens. Mais faire marcher la planche à billets générera une forte inflation et mettre en place un plan de rétablissement des comptes publics sans soutien extérieur demandera de très lourds efforts à la population. Le plus souvent, il fait donc appel au Fonds monétaire international. Ce dernier met à disposition de la banque centrale une ligne de crédit grâce à laquelle elle va rassurer les créanciers extérieurs sur la capacité du pays, et notamment de son gouvernement, à rembourser les prêts accordés. Le pays se remet dans un cercle vertueux, d'autant plus que le FMI accorde à ce gouvernement cet emprunt sous la condition que soit mise en oeuvre une politique économique et financière soutenable.
La situation est plus complexe dans le contexte d'une union monétaire comme la zone euro. Car si la défiance n'atteint pas les autres pays de la zone, et donc la monnaie unique, la faillite s'exprimera par l'incapacité du pays à émettre un emprunt en euros à un taux d'intérêt financièrement soutenable. Trois solutions s'offrent alors au gouvernement. La première est de quitter la zone euro, de recréer une banque centrale ainsi que sa propre monnaie et faire marcher la planche à billets : une solution coûteuse à la fois pour la population et le pays. Il lui faudra en effet de nombreuses années avant de redonner du crédit à sa signature et avoir accès à nouveau aux marchés de capitaux à un taux d'emprunt raisonnable. Autre option, mettre en place un plan de rigueur convaincant pour les marchés financiers au risque de créer de fortes tensions sociales dans le pays concerné. Mais un tel plan est susceptible de créer un précédent inquiétant pour les autres pays de l'euro.
La troisième option est de faire appel au Fonds monétaire international. Mais le FMI peut-il vraiment prêter directement à un Etat de la zone euro ? Les Etats de l'Eurogroupe sont ensemble les premiers actionnaires du FMI et leur monnaie est la seconde monnaie de réserve au monde ! C'est un peu comme si le FMI prêtait à l'Etat de Californie. La zone euro s'est en fait constituée sans créer un outil essentiel à son fonctionnement, un mécanisme de solidarité financière conjoncturel, un Fonds monétaire européen. Les concepteurs de la zone ont pensé, à tort, que les seules règles de discipline financière des Etats, assorties de sanctions, suffiraient à en assurer la solidité. Ils ont été trop confiants et pas suffisamment ambitieux.
Le Conseil européen extraordinaire du 1er mars est l'opportunité d'ouvrir enfin le débat sur la création d'un Fonds monétaire européen. De nombreuses options sont possibles. Mutualiser partiellement les emprunts souverains, comme l'a proposé Jean-Claude Juncker, permettrait de diminuer les charges d'intérêt au niveau communautaire et national. A défaut, on pourrait envisager de créer une facilité exceptionnelle pour la Banque centrale européenne, d'autoriser un emprunt spécial de la Banque européenne d'investissement, d'allouer une enveloppe spécifique à la Commission européenne dans le cadre d'un fonds de stabilisation conjoncturel... Quel que soit le mécanisme établi, il faudra bien entendu assortir le soutien financier de conditions analogues à celles des programmes du FMI.
La crise actuelle montre à quel point la zone euro se trouve à une étape névralgique de son existence : une monnaie unique, mais pas de politique économique, pas de budget, pas de solidarité. Pour être en mesure de prouver son utilité, l'Union européenne doit pouvoir aider directement les Etats les plus fragiles et financer des plans de soutien mutuellement bénéfiques. La consolidation de la zone euro requiert de passer la vitesse supérieure en matière d'ambition politique et de gouvernance économique."
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Tags Technorati: fonds monétaire européen FMI Conseil européen Cossé
C’est aujourd’hui qu’Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen animera sa première réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union. Il voulait conduire à cette occasion une réflexion de fond sur l’avenir économique et social de l’Europe. L’actualité le sert au delà de tout espoir avec la crise sévère de l’endettement qui sévit en Grèce et qui menace de se propager en Espagne, au Portugal ainsi qu’à d’autres pays de l’Union au risque de décrédibiliser durablement la monnaie unique et d’affaiblir un peu plus l’ensemble des économies européennes. Pour Van Rompuy, c’est l’heure de vérité, c’est aussi l’occasion de faire ses preuves de patron des chefs d’Etat et de gouvernement et donc d’affirmer son leadership.
Premier défi : mettre fin à la spéculation contre l’euro lié au pari des fonds spéculatifs que la Grèce mais aussi le Portugal et l’Espagne ne seront pas en mesure d’honorer le remboursement de leur dette. Pour relever le défi, Van Rompuy n’a pas intérêt à rentrer dans une polémique vaine pour savoir si les traités autorisent ou non l’Union à venir en aide à un Etat défaillant. Affirmer la solidarité de l’Union et des Etats membres en coordination avec la Banque Centrale Européenne devrait suffire à court terme à rassurer les marchés pour peu que la Grèce y mette du sien, ce qui signifie qu’elle accepte de réduire drastiquement son budget militaire qui explique une large partie de son déficit budgétaire mais aussi de sa dette publique. Mais pour prévenir des crises spéculatives futures, le Conseil devra proposer une solution plus innovante, la création à terme d’un fonds monétaire européen qui jouerait le rôle du FMI pour les pays de l’eurozone et organiserait les plans de sauvetage nécessaires.
Second défi : s’attaquer aux racines du mal. Le problème de l’Espagne ou de la Grèce est moins le niveau d’endettement élevé que l’incapacité à rembourser à l’avenir en raison d’un potentiel de croissance durablement affaibli et d’une mauvaise stratégie économique. La faiblesse de la croissance potentielle n’est pas un problème spécifique à ces pays, c’est un problème qui concerne l’ensemble des Etats-membres de l’Union. C’est le résultat du vieillissement des populations européennes, d’une concurrence mondiale accrue et d’un euro durablement surévalué. Pour y faire face, deux solutions : une gouvernance de la zone euro, c’est-à-dire une meilleure coordination des politiques économiques des Etats-membres, une véritable stratégie de change mais aussi une stratégie d’investissement à long terme dans les industries et services du futur et dans la formation tout au long de la vie, ce sont les conditions pour rassurer les marchés dans la durée.
Dernier défi : une solidarité budgétaire durable. L’Europe connaîtra d’autres crises. La France ou l’Italie pourraient à leur tour être menacées, ce qui ne serait dans l’intérêt de personne, Allemagne comprise. Deux économistes Sylvain Broyer et Costa Brunner préconisent la mise en place d’un fédéralisme fiscal qui aurait des bénéfices immenses en autorisant une croissance potentielle plus forte et en accélérant la convergence des économies européennes. C’est audacieux mais voilà le type de débat qui pourrait occuper utilement les chefs d’Etats et de gouvernement.
Rédigé à 07:48 dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Conseil européen, Europe, Fonds Monétaire européen, Grèce, spéculation, Union européenne, Van Rompuy
Depuis quelques mois déjà, les Américains envoient de nombreux messages aux Européens pour les inviter à se structurer et faire preuve d'une véritable unité politique, ils leur expliquent que les Etats-Unis n'ont plus les moyens de traiter avec 27 Etats qui individuellement ne comptent que marginalement sur la scène mondiale, un message qu'ils adressent également aux Grands d'Europe, France, Allemagne et Royaume-Uni en tête. En fait, le message est clair, l'Amérique a d'autres chats à fouetter, la priorité est le recentrage de la politique américaine vers l'Asie et l'Europe n'est plus identifiée comme prioritaire d'autant, qu'en dépit des institutions du traité de Lisbonne dans lesquelles les Etats-Unis plaçaient beaucoup d'espoir, les Européens n'affichent pas l'ambition de peser sur les réalités mondiales.
Obama snobe donc le sommet Etats-Unis UE qui devait se tenir au premier semestre 2010, après avoir esquivé les célébrations de la chute du mur à Berlin et oublié de passer à l'Elysée lors de son week-end parisien.
C'est sans doute injuste et les Américains devraient nous donner le temps de mettre en oeuvre les institutions de Lisbonne. Mais, à parler vrai, les derniers signaux européens ne sont pas vraiment rassurants: madame Ashton peine à convaincre; malgré les efforts du président Van Rompuy, la coexistence d'une présidence du Conseil européen et d'une présidence nationale du Conseil de l'Union donne le sentiment d'une certaine cacophonie et la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne ne semblent pas avoir vraiment envie de voir appraître une politique étrangère européenne puissante.
La balle est donc dans notre camp !
Rédigé à 20:07 dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Echec à Copenhague, auditions pas toujours stimulantes des futurs commissaires européens, interrogations sur la politique étrangère de l'Europe, moindre intérêt des Etats-Unis pour le vieux continent, étrange absence de l'Europe à Haiti... les signes négatifs s'accumulent en cette nouvelle année. Reste que l'Europe a enfin de nouvelles institutions qui sont relativement souples et peuvent permettre aux Européens de mieux prendre leur destin en main. Maintenant à nous collectivement de jouer, ce qui n'est pas forcément évident.
Rédigé à 19:46 dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
A Bruxelles où j'étais le soir de sa désignation, les chauffeurs de taxi wallons regrettaient déjà son départ. Si Herman Von Rompuy n'a pas fait disparaître les problèmes belges et les tensions qui opposent les communautés, il a pacifié un terrain sensible et pour cela les Belges lui en sont grés.
Est-il un grand Européen ? fera-t-il progesser l'idée, l'unité et l'efficacité européennes pendant son mandat ? Laissons-lui le temps de faire ses preuves comme l'a suggéré Jacques Delors se souvenant que sa propre nomination à la tête de la Commission n'avait pas été toujours accueillie avec ferveur par les plus européens, que lui-même était à l'époque largement un inconnu au-delà de son pays, et que maintenant tous le regrettent.
Saluons le courage et la magnifique campagne de Vaira Vike Freiberga qui aurait montré à tous que la ressortissante d'un petit Etat balte avait la carrure et les qualités pour porter et incarner les plus hautes fonctions européennes ! Saluons également une candidature qui aura servi les femmes et incontestablement facilité le choix, à la suprise générale, de l'une d'entre elles, Catherine Ashton, comme haute représentante.
Maintenant que les nouvelles institutions entrent en vigueur, le temps de l'action est revenu et les Européens n'ont plus d'excuses pour ne pas relever le défi qui est le leur, éviter un déclin annoncé et retrouver un leadership durable dans un monde en mutation profonde et rapide.
Rédigé à 21:40 dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
Et si les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union choisissaient finalement non seulement une femme d'action et d'engagement mais surtout une Européenne pour présider le Conseil européen ?
C'est désormais non seulement souhaitable mais très envisageable puisque Vaira Vike Freiberga, qui a présidé pendant 8 ans aux destinées de la Lettonie pour y ancrer la démocratie et en faire un pays exemplaire en matière d'intégration européenne et d'adhésion aux valeurs européennes est candidate.
Cette femme a un parcours digne d'un Barack Obama, qui fera, si elle est choisie par ses pairs, immédiatement le tour du monde et donnera un visage à l'Europe. Surtout au sein de l'Union et de ses 500 millions de citoyens, elle sera l'incarnation non seulement du Conseil européen mais de ce que parcours européen veut dire.
Toute jeune lettone fuyant son pays avec sa famille au lendemain de la guerre, elle est élevée en Allemagne puis dans le Maroc encore protectorat français. Eduquée avec les valeurs de la République, elle fait preuve d'une véritable culture européenne qui rappelle celle d'un Geremek, elle connaît ce continent dans sa diversité de la Méditerranée à la Baltique, de l'Atlantique aux frontières russes et elle maîtrise couramment cinq langues, du français au letton, de l'allemand à l'espagnol en passant par l'anglais. C'est aussi une scientifique de renom international qui a fait ses études au Canada et une partie de sa carrière en Amérique du Nord avant de revenir dans son pays pour le présider.
Auditionné avec des collègues il y a quelques jours par le groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe qui doit proposer au Conseil européen une vision et une stratégie pour l'Europe de 2020 et dont elle est vice-présidente aux côtés du président Gonzalez, nous avons été très impressionnés par sa qualité d'écoute, sa hauteur de vues mais aussi sa capacité à porter les intérêts communs. L'évidence nous a sauté aux yeux, elle ferait une formidable première présidente du Conseil européen élue par ses pairs !
Pour découvrir son site et soutenir sa candidature http://www.unepresidentepourleurope.eu
Qui sera le premier président stable de l’Union européenne prévu par le traité de Lisbonne ? Depuis que le vote irlandais est acquis, c’est la question qui est désormais au cœur des discussions des chancelleries des 27 Etats membres. Et si la Pologne et la République tchèque doivent encore signer le traité, nul ne doute que les nouvelles institutions entreront en vigueur dans l’année qui vient. Le président polonais s’apprête à signer le texte tandis que le gouvernement tchèque vient de renouveler son engagement à ratifier « Lisbonne » d’ici la fin de l’année. Il faut dire que l’enjeu est important.
Celui ou celle qui sera désigné premier président stable de l’Union par le vote des chefs d’Etat et de gouvernement incarnera, aux yeux du monde, la puissance européenne avec son demi-milliard d’habitants. Président du Conseil européen qui rassemble les 27 chefs d’Etat et de gouvernement et qui décide de fait des priorités politiques de l’Union, il aura un rôle d’impulsion majeur. Enfin et surtout il sera l’incarnation des intérêts communs des Européens qui ne peuvent se résumer à la simple juxtaposition des intérêts nationaux. Son choix est donc déterminant pour l’avenir du continent. La mission est exaltante.
Paradoxalement, peu de candidats se sont officiellement déclarés. Et aujourd’hui un seul homme mène une campagne active et déterminée, Tony Blair si bien que beaucoup parient sur sa nomination. Mais peut-on choisir le futur président de l’Europe en catimini dans le secret du Conseil européen sans un débat démocratique et ouvert, sans au moins une audition publique qui permette aux candidats de présenter leur vision de leur mandat européen ? Et peut-on se limiter à un seul candidat déclaré fût-ce le très charismatique Tony Blair, ressortissant d’un pays eurosceptique qui plus est non membre de la zone euro ? Il y a d’autres candidats potentiels qui ont les qualités nécessaires, la capacité de négociation, l’engagement européen comme par exemple Felipe Gonzalez, le président du groupe des sages, ou encore le premier ministre Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Mais encore faut-il qu’ils aient le désir mais aussi le courage de se déclarer plutôt que d’espérer qu’on vienne les chercher !
Rédigé à 23:06 | Lien permanent | Commentaires (12) | TrackBack (0)
A quelques heures du résultat, les premières estimations du référendum qu'il faut toujours prendre avec prudence, annoncent une nette avance du oui, 60/40 voire plus peut-être même 65-35.
Si le résultat se confirme, c'est une victoire pour les Irlandais et notamment la société civile proeuropéenne qui, en dépit d'un gouvernement amorphe et décrié, a fait campagne comme jamais. C'est sans doute la première fois qu'il y a une telle mobilisation dans la société civile en passant par le patron de Ryan Air, les évêques, voire les élus locaux plus attachés à leur neutralité que les élus locaux du continent.
Une bonne nouvelle bien sûr pour les Européens qui pourront bénéficier d'institutions mieux adaptées à la grande Europe et d'une capacité de décision accrue grâce à la majorité qualifiée étendue à de nombreux secteurs dont le très stratégique domaine énergétique.
Au niveau international, l'Union trouve également sa crédibilité renforcée tant les échecs successifs des référendums français, néerlandais et irlandais, avaient mis en doute la crédibilité du projet politique européen.
L'entrée en vigueur du traité reste bien sûr liée à sa signature par les présidents polonais et tchèque. Si le président polonais ne devrait pas poser de problème, reste le tchèque Vaclav Klaus qui fait du retard de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne une affaire personnelle. Il y a quelques jours à Prague à l'occasion d'un débrief du trio de présidence, j'ai pu constaster une nouvelle fois la bonne volonté des autorités tchèques et le malaise que provoque le comportement de Klaus. L'espoir des tchèques, c'est que l'affaire se dénoue dans les 2 premières semaines d'octobre. Mais Vaclav Klaus peut aussi prolonger le suspense encore 6 mois.
Reste que l'enjeu européen devient désormais le choix des futurs président stable et haut représentant. Les personnalités choisies auront un rôle déterminant pour mettre en oeuvre les nouvelles institutions, les incarner, les crédibiliser. Leur responsabilité est donc immense et mieux vaudrait les choisir dans le cadre d'un débat a minima ouvert. Dans l'immédiat, seul Tony Blair mène une campagne systématique et déterminée pour devenir le premier président stable de l'Union.
Je reviendrai plus en détails sur les enjeux de ces nominations dans un prochain billet.
Rédigé à 13:26 | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Barroso sera très probablement et sans débat de fond reconduit à la tête de la Commission européenne demain 16 septembre.
Plus petit commun dénominateur, il aura pourtant passé avec brio les oraux du Parlement européen sans pour autant que personne ne s'en trouve complètement satisfait.
La conviction partagée, c'est que la Commission et son président doivent impulser une véritable dynamique de propositions et être capable en période de crise de briser les tabous et remettre l'intérêt général dont elle est la garante au coeur du projet européen, choses que Barroso n'a pas su vraiment porter jusqu'à présent.
Maintenant il s'agit de faire avec Barroso et surtout d'être vigilant. Dans la période actuelle, la Commission européenne doit se reprendre, mieux fonctionner, les Commissaires doivent apprendre à collaborer, coordonner et mutualiser leurs efforts plutôt que de se faire une concurrence stérile comme c'est trop souvent le cas dans certains conseils comme le Conseil compétitivité. Le Parlement européen ne doit pas hésiter à pointer les dysfonctionnements de la Commission et exiger d'elle plus de cohérence et d'initiative. Le vote d'investiture des commissaires devrait permettre un tel débat.
Mais Barroso et la Commission ne sont pas tout. Si les Irlandais votent pour le traité de Lisbonne, le futur président du Conseil et le Haut représentant auront un rôle majeur dans le choix des orientations de l'Union, rôle d'impulsion, de proposition, de conviction. Le choix des personnalités est donc clé et on ne peut se dispenser sérieusement d'un débat public avec plusieurs candidats en lice.
Or aujourd'hui, pour ne parler que de la présidence du Conseil, seul Blair fait une campagne active et systématique auprès des chancelleries de l'Union. Felipe Gonzalez, un temps tenté, se trouve de facto évincé par la reconduction d'un ibérique à la tête de la Commission européenne et les Chefs d'Etat et de gouvernement ne proposeront en l'état actuel personne d'autre à moins que l'un d'eux se déclare ou du moins montre un intérêt pour la chose.
La démocratie voudrait que plusieurs candidats soient en concurrence pour que le débat puisse avoir lieu. Les Européens convaincus doivent aujourd'hui ouvrir l'horizon et plutôt que de se lamenter sur le choix de Barroso comme c'est le cas dans une partie de la presse européenne aujourd'hui proposer des candidats crédibles pour le Conseil et ce qui sera de facto le futur Ministère des Affaires étrangères de l'Union.
C'est ce trio Président du Conseil / Haut représentant/ Président de la Commission qui incarnera l'Union et Barroso seul.
Rédigé à 17:11 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Voilà tout juste un an, Bronislaw Geremek nous quittait. L'historien, militant de Solidarnosc, le ministre des Affaires étrangères de Lech Walesa, l'eurodéputé, s'était affirmé comme l'honnête homme européen par essence et suscitait le respect et l'admiration de tous.
J'ai eu le bonheur de le croiser dans le cadre de Paroles d'Européens!, le programme de débat public que nous avions lancé quelques mois avant le début de la présidence française, à Lille d'abord le 7 mai 2008, où nous avons déjeuné en petit comité avec lui et Lilli Gruber, l'ancienne journaliste star de la RAI et europédéputée italienne, puis aux seconds Etats généraux de l'Europe à Lyon le 21 juin suivant.
Deux paroles m'ont frappé alors "N'oubliez jamais l'élan de liberté que l'Europe représente, c'est cet esprit que nous devons protéger et porter, c'est un bien extraordinaire", puis ses mots sur le traité de Lisbonne "celui qui a eu cette idée mérite le prix Nobel de la paix" disait-il tellement convaincu que ce traité, s'il était adopté, constituerait une étape importante vers une Europe politique et plus largement, un peu utopique, vers un monde meilleur.
Début juin à Varsovie, nous discutons de Geremek avec un intellectuel polonais. Il me rappelle que, quand Walesa a été élu président au lendemain de la chute du mur, se posait la question de nommer Geremek premier ministre. C'était sans doute le meilleur choix pour la Pologne, mais à l'époque, il demeurait inpensable de nommer un premier ministre juif à la tête du pays. Geremek serait donc ministre des affaires étrangères. 20 ans plus tard, la Pologne a changé et il serait intéressant de savoir comment se poserait la question.
Hasard du calendrier, c'est aujourd'hui que devrait être nommé le premier est-européen à la tête du Parlement européen, l'ancien premier ministre polonais, Jerzy Buzek, un ancien de Solidarnosc et membre du PPE. Il y a tout juste 5 ans, Geremek était le candidat malheureux des démocrates et des libéraux à la tête du Parlement européen !
Rédigé à 10:17 | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
Ce scrutin ne peut pas satisfaire tant l'abstention est élevée et que cette élection a consisté en 27 scrutins nationaux plutôt qu'une élection continentale.
On peut en tirer cependant quelques tendances européennes :
- d'abord ne pas se planter d'élection, il s'agit bien d'une élection européenne et pas d'un scrutin pour ou contre le pouvoir. On voit ainsi que les listes en France qui ont le mieux marché sont celles qui ont d'abord donner la priorité au sujet européen, les Verts et l'UMP fort de sa présidence française
- l'abstention est une réalité au niveau de l'Europe tant ces élections n'ont pas répondu à l'enjeu de la crise et qu'elles paraissent dénuées d'enjeux évidents. L'abstention marque également la déception de citoyens qui ont considéré que les partis n'ont pas su parler d'Europe
- le succès des partis de centre-droit et de droite est dû largement au malaise des partis de gauche qui vivent une journée noire d'autant que le centre droit a réagi à la crise en intégrant dans son corpus idéologique la régulation et en consacrant le retour de l'action publique
- le succès des verts européens, c'est aussi le symbole que le développement durable fait désormais partie des priorités politiques des Européens.
Enfin, les extrêmes sont globalement faibles et le vote irlandais accroît les chances de ratification du traité de Lisbonne à l'automne.
Tout cela sera débattu ce soir à partir de 19H30 dans le cadre d'une débat coorganisé par EuropaNova et Terra Nova à Sciences-Po.
Pour le reste de nombreux vrais européens ont été élus que l'on peut saluer quel que soit leur parti, Cohn Bendit, Jadot, Joly chez les Verts, Barnier, Lamassoure, Danjean ou Grossetête à l'UMP, Désir au PS, Goulard au Modem... et sans doute beaucoup d'autres que j'oublie
Rédigé à 08:09 | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
Une après une, les journaux annoncent comme inélectutable une très forte abstention aux prochaines élections européennes. Les politiques appellent, très tardivement, à la mobilisation. Pourtant, il est peu probable que nos concitoyens se mobilisent pour aller aux urnes faute de motivation, mais pas faute de sentiment européen comme le montre la dernière étude de la fondation pour l'innovation politique. Le sentiment européen reste majoritaire et il est le plus large chez les jeunes générations. Justement ces dernières ne se reconnaissent pas ni dans la campagne européenne telle qu'elle est menée ni dans des candidats qui sont dans l'ensemble peu européens.
Les études, notamment les eurobaromètres, le montrent, les citoyens souhaitent des candidats ayant des parcours européens et des compétences européennes avérées. Mais les choix faits par les partis sont en général à l'opposé; pour certains, c'est l'expérience locale qui prime, pour d'autres, se sont les équilibres internes. On ne s'étonnera pas dans ces conditions que le débat porte sur un ou pour contre le pouvoir en place au dépens d'un débat de fond sur ce que devraient être les futures politiques de l'Union.
Dernier sujet, l'enjeu sensible, direct, visible de ces élections n'est pas clair. Il devrait être la désignation du président de la Commission mais les partis européens, qui ne sont pas vraiment des partis, ne jouent pas le jeu en refusant de désigner clairement des candidats au poste de président de la Commission.
Alors pourquoi se mobiliser ? Parce que ce Parlement est un vrai lieu d'influence et de débat, qu'il rayonne dans le monde, qu'il aura à statuer sur des enjeux majeurs pour notre avenir, modèle de développement environnemental pour les Européens, nouvelles régulations financières, repostionnement de la politique agricole européenne, démocratisaiton de la mobilité pour tous les jeunes en Europe, mise en oeuvre de la politique étrangère européenne...
Rédigé à 08:23 | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
Campagne européenne au point mort, présidence tchèque en déroute, Commission aux abonnés absents, l'Europe somnole en pleine crise mondiale.
Rédigé à 00:31 | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
La présidence tchèque vient de rappeler sa volonté d'avancer sur le processus d'adhésion avec la Turquie.
Rédigé à 03:57 | Lien permanent | Commentaires (9) | TrackBack (0)
Ovationné par 3000 jeunes Européens à Strasbourg, Obama a trouvé les mots justes pour éveiller le patriotisme européen insistant sur la nécessité de s'engager pour un monde plus juste et en appelant à la responsabilité des Européens.
Rédigé à 10:20 | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Pour être honnête, les résultats du G20 sont bien plus impressionnants qu'anticipés par votre serviteur.
L'équilibre a ét trouvé entre solidarité avec une triplement du budget de la FMI et de la Banque Mondiale, moralisation financière avec la publication d'une liste de paradis fiscaux et régulation mondiale notamment des rémunérations financières et des agences de notations. Tout cela restait encore inimageable il ya quelques semaines et devra être mis en oeuvre, ce qui est probable mais pas certain.
Le fait de fixer un prochain rendez-vous du G20 à New York fin septembre l'institutionnalise en même qu'il constitue la reconnaissance formelle pour la première fois d'un nouvel équilibre mondial.
Enfin, pour la première fois, Obama a démontré son talent sur la scène internationale.
Toutes ces raisons feront que cette conférence de Londres restera sans doute dans les livres d'histoire.
Reste que cette initiative à la base européenne et portée par la présidence française de l'Union n'a permis pas à l'Europe de trouver son unité et de manifester sa puissance d'exemplarité en dépit d'une communication franco-allemande harmonisée. C'est pour nous Européens une occasion manquée. Bien dommage !
Rédigé à 23:19 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
quelques remarques :
1. Ce G20 est une bonne chose. Les problèmes sont globaux, il est important que les principales parties prenantes soient autour de la table d'autant que les rapports de force changent ( la valeur du dollar dépend de plus en plus de la bonne volonté chinoise, il se relativise par rapport à l'euro, les vecteurs de croissance sont plus puissants dans le Sud que dans le Nord...)
2. C'est une bonne chose que de lier relance, c'est l'urgence, financement mondial avec la refonte du FMI et meilleure régulation du système financier voire moralisation. Dissocier les sujets, c'est à dire traiter plus tard la question de la moralisation, c'est s'assurer qu'elle ne sera jamais traitée
3. Pour aboutir à de vrais résultats, il eût fallu une vraie unité européenne. Or la Grande Bretagne hésite entre soutenir les priorités américaines, c'est à dire la relance d'abord et une approche plus équilibrée mêlant relance et régulation. Un préliminaire, c'est que les Européens soient exemplaires en matière de régulation et donc créent des équivalents européens de la security exchange commission américaine, renforce les pouvoirs de la BCE... Tout ceci n'est acceptable pour Londres que si elle prend le leadership européen sur ces sujets. Pour l'instant, la maturité n'est pas là
4. L'unité franco-allemande au G20 est appréciable, nécessaire mais pas suffisante.
5. Le G20 aboutira à un renforcement du FMI et à une réaffirmation de la nécessité de lutter contre le protectionnisme. Tout cela va dans le bon sens mais n'est pas à la hauteur du défi, une relance mondiale équilibrée, ce qui suppose une meilleure coordination mondiale et, en ce qui nous concerne, européenne.
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